Façade en bois – vieillir en beauté Défis de conception et défis techniques

24.05.2019 La construction bois conquiert avec succès toujours plus de secteurs. Cela concerne aussi les façades en bois, y compris pour des ouvrages de grand volume et de grande hauteur. Afin que le bois vieillisse sous contrôle et en beauté, les mesures conceptuelles et techniques sont décisives. La Journée de la construction bois du 16 mai 2019 à Bienne s’est tournée vers la typologie et l’expression des façades en bois et a débattu des influences de la nature et des modifications. Elle avait pour thèmes de base la structure et la construction des façades en bois, ainsi que leurs limites et les visions qui y sont liées. Le directeur du département Architecture, bois et génie civil de la Haute école spécialisée bernoise, René Graf, a pu accueillir un nombre record de 600 participant-e-s à cet événement.

Utiliser le bois avec et non pas contre sa nature

Par un regard sur l’architecture en bois traditionnelle et moderne, par exemple en Norvège, en Suisse et au Japon, Claire Bonney (Haute école spécialisée bernois BFH) a montré comment, hier et aujourd’hui, le bois est correctement mis en œuvre en façade : avec et non pas contre sa nature. Les bons détails de construction utilisent avec succès les propriétés spécifiques du bois – de façon esthétiquement et économiquement judicieuse. Mme Bonney a cité l’expression japonaise : «wabi-sabi», une notion d’acceptation du changement et de l’impermanence.

Richard Jussel (Blumer-Lehmann, Gossau), maître charpentier expérimenté et ouvert aux nouveautés, a montré une série de détails de construction décisifs pour une façade en bois durable à long terme. Le choix de l’essence de bois, la structure des surfaces, les différents traitements et vernis, ainsi que les techniques de pose y sont cruciaux. Pour la planification, M. Jussel recommande un contact précoce avec le constructeur bois, afin de concevoir correctement les détails. Ainsi, la ventilation arrière est essentielle, qui évacue humidité et chaleur estivale. Les maîtres d’ouvrage ont besoin de savoir comment soigner les façades en bois, voire d’un service d’entretien sur plusieurs années.

Les droits et devoirs lors de la planification de façades en bois étaient le thème de Hanspeter Kolb (BFH). Les règles et normes existantes apportent de la sécurité et de la clarté. Simultanément, la hiérarchie régnant entre loi, prescription, état de la technique, etc. a un effet structurant sur la planification.

La protection de la surface du bois : nature et modification

En fonction de leurs situation et exposition, les façades en bois sont différemment soumises aux intempéries. Cela conduit peu à peu à un grisaillement dû à une colonisation de la surface par des champignons ou à un noircissement dû à un rayonnement solaire intense comme, par ex., en montagne. Divers revêtements – couvrants ou transparents – servent à les protéger. Thomas Volkmer (BFH) a montré leurs possibilités et effets et a explicité les variantes de modifications thermiques et chimiques. Les façades non traitées sont soumises à un processus naturel de grisaillement qui intervient plus ou moins régulièrement selon la construction de la façade.

Leander Walther (GWJ Architekten, Bern) a donné des informations sur les protections de surface non filmogènes. La protection UV amoindrit la décomposition de la lignine et retarde le grisaillement. Le bois peut être protégé de l’humidité par une imprégnation repoussant l’eau (hydrophobisation) ou par des traitements à base d’huile (huiles de façade ou lasures huileuses). Le grisaillement naturel survient néanmoins. La possibilité existe d’un pré-grisaillement, mais il n’apporte aucune protection, en diminuant cependant les différences de coloration.

Les traitements filmogènes des surfaces en bois nécessitent entretien et traitement ultérieur, a insisté Ismaël Mivelaz (Mivelaz Bois SA, Le Mouret). Il est recommandé de tenir compte de ces travaux déjà lors de la planification de la façade et de s’adresser pour cela à une entreprise sérieuse et expérimentée. Un label de Lignum pour les traitements de façades est en travaux et doit être lancé à l’occasion du salon spécialisé «Holz» à Bâle.

Un traitement de surface peut obtenir plus qu’une simple protection, a exprimé David Leuthold (pool Architekten, Zürich). Des façades en bois correctement exécutées peuvent effectivement vieillir en beauté et se patiner. Mais cela demande une acceptation de la part du maître d’ouvrage et une information préalable correspondante donnée par l’architecte. Avec le nouveau bâtiment de la Stapferhaus de Lenzburg, il a montré les possibilités de traitements de surface qui confèrent au bois une expression toujours totalement différenciée.

Structure et construction – les façades en bois façonnent l’image

Le plus souvent, la qualité et la condition d’un immeuble sont jugées sur la base de l’état de sa façade, a évoqué Pirmin Jung (Pirmin Jung Schweiz AG, Rain). Les coûts d’une façade en bois ne se situent qu’à environ 10 pourcents de ceux de toute la construction, mais ils sont décisifs pour l’impression quant à l’aptitude de l’ensemble ; une bonne raison pour ne pas lésiner sur la qualité et les frais lors de la planification. Les réalisations de Pirmin Jung se basent sur un riche trésor d’expérience ; lui aussi plaide instamment pour une planification précoce des détails et un concept de maintenance.

Daniel Scheuber (Roman Hutter Architektur RAH, Lucerne) a décrit une ancienne technique de façade pour la reconstruction de la banque Raiffeisen d’Unteriberg. La planification a réussi à transposer des prises de vues anciennes dans une forme moderne, mais l’immeuble a été habillé de bardeaux comme à l’époque : fendus à la main et imprégnés dans un bain. Le résultat est convainquant et plaît maintenant aussi aux habitants du lieu qui étaient sceptiques dans un premier temps.

Le design et la durabilité sont-ils en opposition ? Andreas Müller (BFH) a traité de cette question. Il observe que, récemment, toujours plus de façades structurées et spatiales sont réalisées. Ces formes augmentent les surfaces exposées aux intempéries et nécessitent ainsi un soin particulièrement élevé lors de la planification et l’exécution. Les produits collés – lamellé-collé, poutre lamellé ou feuilleté-collé – sont mieux appropriés que les sections de bois massif. Avec leurs chants relativement petits, de tels éléments de bois se révèlent plus performants grâce à leur homogénéisation et leur stabilité de forme.

Limites et visions – contrastes de l’architecture

Les maisons en bois de 30 mètres, ou plus, de haut subissent, dans leur totalité, d’autres contraintes que les tours normales. Thomas Wehrle (Erne AG Holzbau, Stein) a présenté des réflexions à ce sujet. Des forces élevées de pression et de succion du vent imposent une technique de fixation adéquate. Il faut en conséquence planifier le contrôle de l’état et l’entretien des façades des hauts bâtiments. Une maintenance régulière influence les coûts du cycle de vie de tels édifices.

Par contraste, Patrick Giromini (EPF Lausanne) a présenté les constructions vernaculaires des vallées alpines du Valais. Si nous pouvons admirer ces constructions simples et judicieuses, nous sommes, à son avis, à peine capables de les comprendre. Car la culture qui les a fait naître a largement disparue. Nous pouvons apprendre des artisans de jadis, mais les bâtiments actuels doivent satisfaire aux besoins d’aujourd’hui.

Le propre d’une façade en bois laissée naturelle est sa transformabilité, a souligné Hermann Kaufmann (TU München). Et presque rien ne polarise plus les discussions sur la construction bois que ses façades. M. Kaufmann n’est pas dérangé par la dégradation et la patine des nouveaux bâtiments en bois. Il faut cependant, par des détails constructifs idoines, s’efforcer d’atteindre un grisaillement homogène et, en aucun cas, tenter avec la construction bois, de copier les formes des ouvrages modernes en béton. Il considère l’utilisation de la couleur comme une bonne possibilité de garder sous contrôle sur la durée le vieillissement d’une façade en bois.

La prochaine Journée de la construction bois aura lieu le 14 mai 2020.

Le marché des façades en bois

Le Département Architecture, bois et génie civil de la Haute école spécialisée bernoise a recueilli les données du marché des façades en bois et a remis aux participant-e-s de la Journée de la construction bois une fiche d’information dans ce sens. Cela est démontré : lors de l’érection d’immeubles à plusieurs logements, la part du bois dans les façades a atteint en 2018 un niveau de près de 18,6% des ouvrages. Pour les nouveaux bâtiments industriels et publics, la part des façades en bois est passée d’à peine 25% en 2017 à 26,5% l’année suivante.

Discussion et questions posées par le public

Les questions et suggestions du public ont été nombreuses. La réponse à la question sur les règles d’or pour le bois en façade était évidente : planifier la protection contre les intempéries, utiliser du bois sec, bien dimensionner le film de protection, s’assurer d’une ventilation arrière et ne pas négliger l’entretien. Les dimensions des planches mises en œuvre doivent être suffisantes – 20 mm est définitivement trop mince.

L’affirmation a laissé sceptique selon laquelle l’esthétique serait de la seule responsabilité de l’architecte, les souhaits du maître d’ouvrage étant souvent peu ciblé sur l’objectif. À la question de savoir quelle quantité de bois est correcte dans les villes, les experts étaient unanimes : pour la construction, le bois y est utilisé et souhaité, au contraire des façades. Mais une position dogmatique n’a pas lieu d’être ici. Les questions touchant à la construction concernaient clairement la protection incendie. Pour les bâtiments en bois toujours plus hauts, les façades purement en bois seraient moins conseillées – autant pour des raisons de sécurité que d’esthétique, ce qui a rencontré l’assentiment des intervenants.

Des questions d’écologie se posaient pour la construction bois. Le matériau renouvelable bois présente ici des avantages évidents. Mais tous ont insisté pour que les projeteurs, comme les entreprises de construction bois, utilisent avec adéquation les caractéristiques et possibilités du bois afin d’ériger des ouvrages respectant au mieux l’environnement.

Journée de la construction bois Bienne : plateforme nationale leader de la branche

La Journée de la construction bois est passée de manifestation nationale à plateforme leader de la branche. Elle offre aux cadres du secteur du bois et de la construction une formation continue ciblée, ainsi que l’occasion de se rencontrer et d’échanger. Cet événement bilingue se déroule en allemand et en français. Toutes les conférences sont traduites simultanément. Il s’adresse aux constructeurs et constructrices bois, aux ingénieur-e-s en construction bois, aux architectes, aux investisseurs et aux maîtres d’ouvrage qui s’intéressent à une construction bois moderne et performante. Dans l’exposition spécialisée conjointe, plus de 40 entreprises présentent leurs plus récents produits, services et approches de solutions. Lors des pauses, suffisamment de temps est à disposition pour s’informer et entretenir des contacts. Le principal sponsor de ce congrès spécialisé est Egg Holz Kälin AG. La prochaine Journée de la construction bois aura lieu le 14 mai 2020.

Pour plus d’informations : ahb.bfh.ch/Journée de la construction bois Bienne

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