De thésard à chef d’entreprise

04.03.2020 Au travers de son programme intitulé « First Ventures », la fondation Gebert Rüf soutient chaque année les diplômé-e-s HES qui souhaitent concrétiser l’idée développée dans leur travail de diplôme en créant leur start-up. En 2018, Kevin Tippenhauer – à l’époque encore simple étudiant dans le domaine de l’informatique médicale à la BFH – a soumis au jury son idée commerciale… et gagné une subvention ! Aujourd’hui, il travaille avec Lea Meier, elle aussi diplômée de l’Institut d’informatique médicale, à la création de la société Indimedis.

Kevin, votre thèse de bachelor était votre idée commerciale. Désormais, associé à Lea Meier, vous développez cette idée en vue de fonder le spin-off Indimedis. Expliquez-nous en quelques mots de quoi il retourne.

Tippenhauer : « Permettez-moi de situer le contexte. Les médicaments n’agissent pas toujours comme prévu. Les effets indésirables sont dus à une utilisation erronée d’une part et au médicament lui-même d’autre part. Les conséquences de ces effets sont colossales : rien qu’en Europe, plus de 190 000 personnes meurent chaque année des suites d’une intolérance médicamenteuses, générant un surcout de plusieurs dizaines de milliards d’euros. Lors de mes recherches, il est apparu que des facteurs génétiques sont susceptibles de déclencher de telles réactions, et qu’il est possible de déterminer ces facteurs par des tests en laboratoire. »

Meier : « Il existe depuis longtemps déjà des instructions claires s’agissant des médicaments présentant un risque d’allergie en cas de prédispositions génétiques. Mais il faut avouer que ce risque est encore souvent négligé. Le fond du problème réside dans la complexité du sujet ainsi que dans la charge de travail qu’implique l’exploitation et la communication des résultats de tests. C’est là que nous entrons en scène. Nous mettons à disposition la structure et le logiciel nécessaires permettant d’effectuer, à moindre effort, l’analyse génétique et de déterminer les risques médicamenteux en fonction de facteurs génétiques. En résumé : nous voulons avertir les prestataires de soin lorsqu’ils font courir à leurs patients un risque élevé d’allergie médicamenteuse.

 

Kevin, quand saviez-vous que vous alliez développer ce projet ?

Tippenhauer : « Pour être franc : dès le départ. La recherche du sujet de ma thèse s’articulait déjà autour des possibilités de développement ultérieures. Le souhait de mettre sur pied mon propre projet précédait l’idée du projet. Quant au sujet, la pharmacogénétique – le domaine qui étudie l’influence du génotype sur la variabilité de la réponse à un traitement médicamenteux –, je suis tombé dessus par hasard au détour d’un article dans la presse spécialisée. Je me suis rendu compte, alors, qu’il était possible de numériser la majeure partie des processus de ce domaine.

Dans quelle mesure avez-vous bénéficié de soutien lors de la fondation de votre start-up ?

Tippenhauer : « J’ai pu bénéficier d’un mentorat approfondi de la part de l’Institut d’informatique médicale (I4MI), notamment dans la préparation de ma candidature pour la Fondation Gebert Rüf. Le programme de financement de la fondation a ensuite permis le maintien de mon engagement et le développement du projet.

Avec le recul, quel fut le plus grand défi à relever ?

Tippenhauer : « Pour moi, c’était clairement de passer du prototype fonctionnel mis au point dans le cadre de la thèse au produit minimum viable (acronyme MVP en anglais). La finalité du MVP est de tester l’idée de base du système sur le marché dans un délai aussi court que possible. En tant que start-up, prendre pied dans le secteur de la santé est déjà une prouesse en soi. À cela se sont ajoutées d’autres contraintes : déjà pour produire le MVP, nous avons dû nous appuyer sur la coopération d’une multitude de partenaires externes. Si nos partenaires se sont tous montrés à la hauteur de nos attentes, c’est le travail à investir pour les trouver et les coordonner que j’ai sous-estimé.

Meier : « Il faut également citer les nombreuses règlementations en vigueur dans le secteur médical auxquelles il fallait se conformer. Je pense notamment à l’ordonnance sur les dispositifs médicaux. Lorsque j’ai rejoint l’aventure, j’ai en outre dû m’immerger dans la pharmacogénétique et les divers règlements, ce qui n’était pas chose aisée.

Mais l’effort en valait la peine, n’est-ce pas ?

Les deux (riant) : « Assurément ! Ce n’est d’ailleurs pas la motivation qui nous manque! »

Meier : « Le travail est extrêmement varié. Comme nous en sommes encore à une phase plutôt avancée du projet, chacun de nous doit faire preuve de polyvalence et s’acquitter des tâches les plus diverses. On pourrait presque dire que nous avons le luxe de pouvoir choisir notre besogne ! »

Tippenhauer : « Un tel projet se situe à la jonction avec un grand nombre de domaines. En ce moment, par exemple, nous préparons un article sur les exigences en matière de protection des données médicales.

Quels conseils donneriez-vous aux étudiants et aux étudiantes qui, avec leur thèse de bachelor ou de master, souhaiteraient travailler à leur compte ?

Meier : « Persévérer ! »

Tippenhauer : « Exactement. Et ne pas avoir peur de se jeter à l’eau. Les programmes de subventions tels que celui de la Fondation Gebert Rüf sont fort utiles à cet égard. Le processus de candidature permet par ailleurs de réexaminer l’idée sous tous les angles et de la remettre en question pour l’améliorer. Si la candidature aboutit à une subvention, c’est évidemment idéal : on dispose alors des connexions et du financement permettant de fonder sa start-up. »

Kevin Tippenhauer
Kevin Tippenhauer
Lea Meier
Lea Meier

À vos idées !

La Fondation Gebert Rüf a mis en place le programme de soutien « First Ventures » afin d’encourager les étudiant-e-s en bachelor et en master à ne pas considérer uniquement la voie traditionnelle après l’obtention de leur diplôme, mais à faire le grand saut de la création d’une start-up. Une contribution pouvant atteindre CHF 150 000.– sera accordée aux projets les plus convaincants, afin d’ouvrir la voie de la création d’entreprise aux jeunes diplômé-e-s HES.

Les étudiant-e-s et les diplômé-e-s HES ont jusqu’au 15 mai 2020 pour soumettre leurs idées à la Fondation Gebert Rüf. Vous trouverez davantage d’informations en suivant ce lien.

 

 

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