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Quand la fibre de coco devient synonyme d’innovation

27.10.2026 Comment un projet de recherche devient-il une entreprise? Daniel Dinizo, diplômé de master de la BFH, développe des panneaux durables conçus à partir de fibres de coco au sein de NaturLoop. Dans cette interview, il aborde les thèmes de l’innovation et de l’économie circulaire et évoque le parcours d’une startup vers le marché international.

L’essentiel en bref

  • Issue d’un projet de recherche de la BFH, NaturLoop fabrique les panneaux Cocoboard®, des produits durables à base de fibres de coco.
  • L’économie circulaire commence dès le développement des matériaux et va bien au-delà du recyclage.
  • Le succès d’une innovation repose sur l’alliance entre recherche, proximité avec le marché et partenariats solides.
Daniel Dinizo
Daniel Dinizio, Cocoboard | Diplômé de la BFH et fondateur d'une start-up

Daniel, comment est née l’idée de NaturLoop?

Au cours de mes études et de mes expériences professionnelles dans le domaine du bois et des matériaux durables, j’ai mesuré l’ampleur des ressources précieuses qui demeurent inutilisées à l’échelle mondiale. À la BFH, j’ai collaboré à un projet de recherche visant à déterminer si les principes issus de l’industrie des matériaux dérivés du bois pouvaient être transposés aux fibres de coco afin de développer un matériau de grande qualité. Michail Kyriazopoulos avait déjà coinitié le développement du produit et posé les premiers jalons de la future spin-off. Dans la continuité de ces travaux de recherche menés à la BFH, nous avons cofondé NaturLoop. Notre objectif était de perfectionner le produit, d’industrialiser la technologie et, à terme, de transposer cette approche à d’autres fibres naturelles aujourd’hui sous-exploitées.

Daniel Dinizo: un diplômé de la BFH devenu entrepreneur

Daniel Dinizo est cofondateur et CEO de la startup NaturLoop. Diplômé du Master Wood Technology de la Haute école spécialisée bernoise BFH, il développe des panneaux innovants à partir de fibres de coques de noix de coco et d’autres ressources jusqu’ici peu exploitées au sein de son entreprise. Avec le Cocoboard®, il ambitionne de commercialiser des matériaux durables pour le mobilier et l’aménagement intérieur tout en faisant progresser l’économie circulaire.

En quoi consiste exactement le Cocoboard®?

Le Cocoboard® est un matériau en panneaux conçu à partir de fibres de coques de noix de coco et d’un liant biosourcé. Il convient à diverses applications dans le mobilier et l’aménagement intérieur où l’on privilégie habituellement des panneaux dérivés du bois: armoires, plateaux de table, portes, revêtements muraux ou cloisons. Nous ne cherchons pas à remplacer le bois. Le Cocoboard® se veut plutôt une solution supplémentaire qui contribue à une industrie de la construction et du design plus durable.

De nos jours, l’économie circulaire est sur toutes les lèvres. Qu’est-ce que cela signifie pour vous?

À notre échelle, l’économie circulaire commence dès le développement du matériau. Nous utilisons une matière première qui, dans de nombreuses régions, est un résidu de production. Dans le même temps, nous tenons compte de l’ensemble du cycle de vie, du choix des composants à la manière de prolonger au maximum l’utilisation du matériau. Nous cherchons à mettre au point un matériau durable tout en anticipant les possibilités de réemploi et de récupération ultérieures. Pour nous, l’économie circulaire ne s’arrête pas au recyclage. Elle part de réflexions sur la conception des matériaux, sur les ressources qu’ils intègrent et sur la valeur ajoutée écologique, économique et sociale qu’ils peuvent générer.

De la coque de noix de coco au panneau Cocoboard®.
De la coque de noix de coco au panneau Cocoboard®.

Au-delà du matériau, quel impact souhaitez-vous produire?

Nous souhaitons montrer que la valorisation de ressources sous-exploitées permet de créer des produits durables tout en apportant une plus-value économique et sociale. Les matières premières utilisées pour la fabrication du Cocoboard® proviennent de régions où la noix de coco joue un rôle majeur. Créer localement de la valeur ajoutée profite non seulement aux entreprises, mais aussi aux populations et aux communautés engagées dans la chaine d’approvisionnement. Notre vision de la durabilité va au-delà de la dimension environnementale. Elle inclut également des perspectives économiques équitables et des retombées positives pour la société. C’est précisément dans cette articulation entre les effets écologiques, économiques et sociaux que réside la véritable portée de notre travail.

Quel rôle joue la BFH dans votre parcours?

Un rôle très important! NaturLoop est issue d’un environnement de recherche. La BFH a mis ses infrastructures, ses laboratoires, son savoir-faire et son réseau à notre disposition. Parallèlement, nous avons pu faire murir nos idées au sein d’un environnement propice à l’innovation et à l’entrepreneuriat. Sans cette alliance entre recherche, pratique et ouverture d’esprit, notre parcours aurait été nettement plus difficile.

NaturLoop a été l’un des premiers projets du Timber Startup Incubator de la BFH. Qu’est-ce que cela vous a apporté?

Cette aide nous a permis de franchir le pas de la recherche à la pratique. Dans le cas spécifique de l’innovation dans les matériaux, ce passage est d’autant plus exigeant que les phases de développement, d’essais et de commercialisation sont très chronophages. Les échanges avec des personnes possédant une expérience dans l’innovation, l’entrepreneuriat et le déploiement commercial ont été particulièrement enrichissants pour nous. Par la suite, nous avons eu la chance de nous associer à des partenaires qui, au-delà du capital, nous ont apporté leur savoir-faire, leur expérience et leurs réseaux. C’est un atout inestimable, surtout pour une jeune entreprise.

Du laboratoire à la production industrielle.
Du laboratoire à la production industrielle.

Et réciproquement, la BFH a-t-elle tiré des enseignements de votre parcours?

Je le pense, oui. NaturLoop a été l’un des projets mettant en évidence le soutien dont les startups technologiques ont réellement besoin. Notre expérience a contribué à faire évoluer les offres de soutien pour qu’elles répondent encore plus précisément aux besoins de startups en devenir. C’est une excellente chose, car cela permettra aussi à de futurs projets d’en bénéficier.

Aujourd’hui, votre startup est active à l’international. Comment vous organisez-vous?

Nous combinons différents atouts. La recherche, le développement et l’innovation restent étroitement liés à la Suisse. En même temps, nous coopérons avec des acteurs locaux, au plus près des ressources et là où la production est la plus judicieuse. Notre marché principal se situe actuellement en Europe. Cette coopération internationale ne peut fonctionner sans confiance ni objectifs et valeurs partagés. C’est précisément cette synergie qui permet à notre solution d’exister.

Selon toi, quelle est la clé du succès d’une innovation?

Comprendre le marché. Bien des innovations échouent non pas sur le plan technologique, mais faute de résoudre un problème tangible. Voilà pourquoi il faut dialoguer très tôt avec les client‑e‑s et les partenaires industriels potentiels. Le monde de la recherche et celui du marché ne doivent pas évoluer en silos. Plus tôt ils convergent, plus grandes seront les chances de voir une idée produire un impact.

Un conseil pour la relève innovatrice?

Avant d’aller plus vite, il faut s’améliorer. Le développement d’un nouveau matériau, en particulier, exige du temps pour procéder à des essais, apporter des améliorations et comprendre les besoins réels du marché. Voilà pourquoi il est important de quitter le laboratoire au plus vite pour aller à la rencontre des futur e s utilisateurs et utilisatrices du produit. Et ce n’est pas tout… Je veux également dire à la relève qu’il ne faut pas chercher à tout faire soi-même. Nous avons délibérément travaillé avec des partenaires industriels existants et utilisé les infrastructures de production déjà en place. On innove rarement seul-e. Les partenariats forts aident à faire passer une idée du laboratoire à l’application industrielle.

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