Résultats

Une femme sur quatre a subi une coercition informelle pendant l’accouchement

Bild Zwang unter der Geburt

Rapport

Stephanie Meyer et Stephan Oelhafen / 20 octobre 2020

Enquête sur l’expérience de l’accouchement

La Haute école spécialisée bernoise et des collaborateurs d’institutions partenaires ont mené une enquête sur l’expérience de l’accouchement de plus de 6'000 femmes qui ont mis au monde un enfant en Suisse entre 2018 et 2019. Les participantes ont répondu à des questions concernant différents aspects de la grossesse et de l’accouchement, les soins fournis par les professionnel·le·s de la santé et des éventuels traitements médicaux. Une question clé se rapportait à la fréquence de traitements contre la volonté des femmes ou la fréquence avec laquelle les femmes subissent des pressions en vue accepter des traitements pendant l’accouchement. Ce rapport présente les résultats les plus importants de l’enquête. Les résultats sont présentés ici en forme simplifiée. Vous trouvez des résultats détaillés et complémentaires dans la prépublication scientifique (en anglais).

Préparation à l’accouchement



La plupart des femmes (81%) se sont préparées activement à leur accouchement.

Plus de la moitié des femmes ont réfléchi au lieu d’accouchement et ont envisagé différentes options avant de décider où elles voulaient accoucher. Il existe des différences entre les femmes qui ont accouché la première fois et celles qui ont déjà des enfants : alors qu’elles n’étaient que quelques-unes (11%) pas du tout préparées à l’accouchement pour le premier enfant, elles étaient nettement plus préparées aux accouchements suivants (27%).

Type d’accouchement



90% des femmes souhaitaient accoucher par voie basse.

La préparation à l’accouchement inclut généralement des réflexions sur le type d’accouchement préféré. Pendant la grossesse une majorité des femmes souhaitait accoucher par voie basse. Les autres étaient indécises ou souhaitaient une césarienne. Environs 2% des accouchements étaient des césariennes dites «de convenance», cela veut dire sans indication médicale. Les femmes ont donné le plus souvent comme raison différentes craintes vis-à-vis du recours à une césarienne de convenance : craintes pour la sécurité de l’enfant (50%), des douleurs ou de complications (38%) ou de blessures dans la région génitale (36%).

Prise de décision lors de l'accouchement



La majorité des femmes (87%) préférait une prise de décision conjointe avec les spécialistes.

La plupart des femmes étaient de l’avis que les décisions importantes lors de l’accouchement devraient être prises en collaboration avec les spécialistes. Près de la moitié estimait que la femme devait décider seule après avoir reçu suffisamment d’informations. Seules quelques-unes pensaient que les spécialistes devaient décider seul·e·s. En tout, les femmes ont évalué positivement les soins fournis par les spécialistes : les décisions ont été prises ensemble et les spécialistes étaient ouvert·e·s aux souhaits et besoins individuels.

Coercition obstétricale



La coercition obstétricale est commune en Suisse.

Pour la première fois en Suisse, cette enquête a enregistré la distribution de la coercition obstétricale informelle (cf. infobox). Plus d’un quart des femmes (27%) a subi la coercition informelle pendant l’accouchement. Cela veut dire qu’elles se sentaient mal informées, sous pression, intimidées ou qu’elles n’étaient pas d’accord avec une décision de traitement. Au-delà de la coercition informelle, certaines femmes ont également vécu d’autres situations désagréables pendant l’accouchement : 10% des femmes ont déclaré que les spécialistes ont fait des remarques insultantes ou dérogatoires envers elles. Deux femmes sur cinq (39%) ont indiqué que leur liberté de mouvement était limitée pendant l’accouchement. Une femme sur six (17%) a vécu le CTG (surveillance de la fréquence cardiaque du bébé) comme gênant.

Infobox : La coercition informelle

L’Académie Suisse des Sciences Médicales (ASSM) définit la coercition dans le contexte médical comme toute mesure prise contre la volonté autodéterminée ou la résistance des patient·e·s. Contrairement à la coercition formelle, il n’existe pas de base juridique pour la restriction de l’autodétermination des patient·e·s en cas de coercition informelle.

Examens vaginaux



La majorité des femmes a évalué généralement positivement le comportement des spécialistes lors des examens vaginaux : elles ont indiqué que ceux-ci ont été effectuée d’une manière aussi supportable que possible et que l’intimité a été préservée. Néanmoins, plus d’une femme sur dix souhaitait avoir moins d’examens.

Satisfaction de l’accouchement



Les interventions non programmées nuisent à la satisfaction de l’accouchement.

Lors de l’enquête, les femmes ont évalué également l’expérience de l’accouchement entière. Plus de deux tiers des femmes (71%) ont estimé que leur expérience de l’accouchement était majoritairement positive. Entre celles qui ont eu un accouchement non-instrumental par voie basse (sans vacuum ou forceps) ou une césarienne programmée, même quatre femmes sur cinq ont vécu leur accouchement comme positif en tout. Pour les femmes qui ont dû accouché par césarienne en urgence, en revanche, une expérience positive était beaucoup plus rare (36%), tout comme pour les femmes qui ont subi la coercition informelle (48%).

L’assimilation de l’accouchement

Une discussion à la suite de l’accouchement peut aider à l’assimiler. 

Les événements qui se produisent pendant l’accouchement peuvent être vécus comme traumatisants et peuvent ainsi accabler les femmes pendant longtemps. Pour les femmes qui ont eu une césarienne en urgence ou qui ont subi la coercition, le risque d’une dépression post-partum ou d’autres maladies psychologiques était élevé. Une relation causale n’est pourtant pas entièrement claire. Généralement, une discussion de l’accouchement paraît importante : à la suite de l’accouchement, près de la moitié des femmes (48%) a eu l’opportunité de le discuter avec les spécialistes. Quatre femmes sur cinq ont estimé que cette discussion a été utile – qu’elles aient vécu leur accouchement comme positif ou négatif.

Conclusions

Cette étude éclaircit l’expérience de l’accouchement de plus de 6'000 femmes en Suisse et différents facteurs qui l’influencent. Trois femmes sur quatre ont évalué leur accouchement comme positif en tout. En revanche, une femme sur quatre a subi la coercition obstétricale informelle. Les femmes qui ont subi la coercition informelle pendant l’accouchement étaient moins satisfaites de l’accouchement et pourraient bien être plus en risque de développer une dépression post-partum.

La majorité des femmes souhaitait prendre des décisions concernant l’accouchement en collaboration avec les spécialistes. Une prise de décision conjointe garantit que l’expertise médicale des spécialistes ainsi que les attitudes et les besoins individuel-le-s des femmes sont prises en compte. Pour une expérience d’accouchement autodéterminée, il est donc fondamental que les femmes réfléchissent à leurs souhaits et leurs idées concernant l’accouchement et qu’elles les communiquent ouvertement aux spécialistes. Ceci révèle d’autant plus la nécessité de s’informer à temps s’il est possible de réaliser des souhaits particulièrement importants au lieu de naissance prévu.

Chaque femme a le droit de refuser des suggestions de traitement. Les femmes ne devraient pas accepter un traitement avant qu’elles n’aient pas compris les raisons qui le motive. Toute forme de coercition informelle viole les droits fondamentaux de la personnalité. Les femmes qui subissent la coercition obstétricale informelle devraient le signaler aux spécialistes.

Les spécialistes doivent se rendre compte que même des actions supposées insignifiantes peuvent perturber les femmes. Afin de prévenir des conséquences négatives de la coercition informelle, il est essentiel d’assurer un suivi de tels cas. Les spécialistes doivent également garder à l’esprit que les femmes ne peuvent souvent assimiler leur accouchement que quelques mois plus tard et ne doivent pas se laisser tromper si elles n’expriment pas de besoin de médiation immédiatement après l’accouchement. Au niveau de la société, un débat sur l’accouchement est nécessaire afin de rendre transparent-e-s la nécessité médicale ainsi que les avantages et les désavantages des traitements obstétricaux.

Bases techniques de l’étude

Plus de 7'000 femmes ont participé à notre enquête en ligne entre août et décembre 2019. En tout, 6'054 ensembles de donnés ont pu être considérés pour l’investigation présente. Les participantes ont été recrutées en ligne par une publicité sur Facebook ainsi que hors ligne par différents canaux : des dépliants dans des cabinets de pédiatrie et gynécologie et des annonces dans des magazines pour parents et le bulletin de la Fédération suisse des sages-femmes. Le questionnaire était disponible en quatre langues (allemand, français, italien et anglais) et le langage utilisé était à la fois précis sur le plan médical ainsi que compréhensible pour des personnes sans expertise médicale.

Les femmes de nationalité Suisse qui n’ont pas accouché à l’hôpital et les accouchements non-instrumentaux par voie basse étaient surreprésenté-e-s dans l’échantillon. C’est pourquoi l’échantillon a été pondéré pour les analyses de manière représentative pour toutes les nouvelles mères en Suisse d’après le recensement. En ce sens, tous les résultats présentés ci-dessus doivent donc être considérés comme des estimations pour toute la Suisse. Vous trouvez des détails de la méthode d’investigation dans la prépublication scientifique (en anglais).

Détails des participantes à notre étude

Plus d'informations sur les accouchements dans notre étude

Le projet «coercition obstétricale» est conduit par:

  • Dr. Stephan Oelhafen, Haute école spécialisée bernoise Santé
  • Dr. Settimio Monteverde, Haute école spécialisée bernoise Santé
  • PD Dr. Dr. Manuel Trachsel, Institut d’éthique biomédicale, Université de Zurich
  • Prof. Dr. Luigi Raio, Clinique universitaire de gynécologie et obstétrique, Hôpital universitaire de Berne
  • Prof. Dr. Eva Cignacco Müller, Haute école spécialisée bernoise Santé

Le projet est soutenu financièrement par

  • le Fonds Käthe Zingg-Schwichtenberg de l’ASSM
  • le Fonds pour l’Enseignement et la Recherche de la Fondation Lindenhof Bern